Sunday, March 12, 2006

Je me souviens de ce soir là. C'était à l'époque où je pratiquais le vol à voile. Une activité splendide soit dit entre nous et j'y consacrais l plupart de mes temps libres en y incluant bien sûr les fins de semaine

C'était lors d'une de ces fins d'après midi quand tout incite à la contemplation et au repos. Et j'ai gardé précieusement dans un coin de mon esprit la vision de ce couple là. Elle, jeune avocate, lui officier pilote de l'armée de l'air. Elle le regardant avec des yeux amoureux et lui, lui ébouriffant les cheveux d'un geste tendre.

Je sors d'un milieu défavorisé, une mère vendeuse, un père disparu depuis longtemps et un beau père, ridicule et odieux. Il faut dire que je sortais de l'adolescence, 18, 19 ans environ avec toutes les injustices et préjugés de ces âges là.

Et je contemplais ce couple avec envie, nostalgie, tristesse aussi car à deux pas de moi mais aussi loin qu'une lointaine étoile, j'avais l'aisance, la classe, l'éducation. Toutes choses qui m'étaient sans nul doute interdites.

Quand ils allaient repartir, ils rejoindraient une habitation grande et élégante (au moins l'imaginais ainsi car notre proximité n'a pas été jusqu'à m'inviter chez eux) et moi j'irais dans une rue sombre de la vieille ville, monter un escalier pentu et puant pour retrouver les quelques m² où s'entassait la famille. Une belle voiture les attendait et j'allais quant à moi enfourcher mon vieux vélo et pédaler tout au long des seize kilomètres qui me séparait de la ville

On garde probablement chacun en un coin de sa mémoire des images comme celle là, sans que l'on sache exactement pourquoi. Grand mystère de la sélectivité de la mémoire. Aujourd'hui et bien des années après cette brève rencontre, ce ne sont plus que deux ombres bien rangées dans l'une des circonvolutions de mon cerveau.

Je ne sais plus leur nom, je crois bien d'ailleurs que je ne l'ai jamais su.

Sont ils encore vivants; elle et lui?

Il faut dire que cette scène se passait en 1957. Se sont-ils aimés longtemps, ont ils eu des enfants? Ou alors le temps assassin qui se plait à détruire et casser a t-il condamné l'un des deux à souffrir maintenant encore d'un mal inguérissable.

Oh! Être encore ce jeune homme de 18 ans, pouvoir faire que le temps suspende son vol, que le regard amoureux d'une jeune femme s'attarde encore et toujours sur le visage de son compagnon et que celui-ci doucement lui caresse ses cheveux, tout dans la douceur d'une fin de journée dans la lumière innocente d'un été finissant.

2 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Bien joli texte Claude... Je reviendrai en découvrir d'autres.

4:01 AM  
Blogger Claude Clément said...

Claude,
En tapant mon propre nom ( Claude Clément) sur Google, à plus de 4h du matin, afin de vérifier si le webmaster de mon site avait fait enfin son boulot, je suis tombée sur... votre un blog ! Curieux hasard.
Sur le moteur de recherche,ce qui m'a accrochée tout d'abord, c'est l'expression "semelles de vent", empruntée à Rimbaud, car j'ai conçu un spectacle sur lui, ( L'homme aux semelles de vent) , et je pensais que quelqu'un en avait fait, peut-être, un commentaire.
Mais c'était vous. Insolite découverte, car il est rare de trouver autant de coïncidences dans l'expression comme dans le "vécu" (comme on dit!).
Je suis écrivain et, ma foi, vous possédez une bien jolie plume !
Comme vous, je passerais volontiers d'un univers poétique à l'éloge du pet. Comme vous, je verrai le cercueil de ma mère entrer dans le sol avec une certaine indifférence, sans doute pour des raisons analogues. Comme vous, en vrac, j'aime les films italiens néoréalistes, Mozart, Brel, Brassens et bien d'autres choses... Comme vous, il m'arrive encore, parfois, de dissoudre les vieux chagrins dans les ambres d'une bouteille.
Vous êtes en Bretagne.
Je suis désormais en Aveyron.
Mais je deviendrais volontiers votre amie, si cela ne vous encombrait pas.
Afin de faire connaissance préalable, si vous le désirez, vous pourriez peut-être aller faire un tour sur mes autoportraits virtuels:
myspace.com/claudiarama ( l'équivalent de votre compte blogger) que j'ai construit afin de compenser les négligences du webmaster précité.
www.claudeclement.com ( mon site dit officiel d'auteur)
www.auteurs-en-scne.com ( le site de ma petite compagnie de spectacles)
Au plaisir de vous lire à nouveau...
Claude
Post scriptum : Je vous adresse une copie de ce message dans votre boîte noos notée ici.

8:34 PM  

Post a Comment

<< Home

Site Feed
Creative Commons License
Ce/tte création est mis/e à disposition sous un contrat Creative Commons.